
Cet article est une synthèse du dossier "L'adoption des enfants grands" paru dans la revue Accueil n°147 (juin 2008) éditée par Enfance et Familles d'Adoption. www.adoptionefa.org
Pour approfondir le sujet, nous vous recommandons vivement de vous procurer ce n°, d'autant qu'il est étayé de nombreux témoignages concrets.
Avec le développement de l'adoption nationale dans les pays d'origine, les enfants confiés à l'adoption internationale sont de plus en plus souvent des enfants dits grands.
Quant à la France, hormis les quelques 600 bébés nés sous x et confiés à l'adoption à quelques mois, l'âge moyen auquel l'enfant devient adoptable se situe autour de 5-6 ans.
Nous allons donc tenter de voir qui peut adopter ces enfants âgés de 5 à 10 ans, ce que cela implique comme préparation pour la famille, pour l'enfant, et comment appréhender la scolarisation.
De nombreuses études ont montré une fragilité particulière de l'enfant de 2 à 4 ans face à l'adoption car il n'a pas un accès suffisant au langage pour comprendre ce qui lui arrive.
Dans ce sens, il est parfois plus aisé de travailler un projet d'adoption avec un enfant de 6 ans plutôt qu'avec un enfant de 3 ans. Le premier pourra davantage participer et être acteur de son projet d'adoption, la préparation sera alors plus facile à mener ; tandis que les petits, qui ne peuvent verbaliser ni comprendre leurs émotions, vont le subir.
Or, pour la préparation psychologique de l'enfant, les étapes préalables à la période d'apparentement proprement dite sont :
- Mise à plat de l'histoire passée de l'enfant, de son origine à sa situation actuelle.
- Mise en mots de son abandon et début du travail de deuil de ses parents biologiques.
- Investissement dans la notion de parents imaginaires pour proposer l'apparentement.
L'adoption de l'enfant grand ne peut être réussie que si c'est vraiment le projet de la famille, qu'elle s'y est préparée. Cela suppose avant tout que ces familles fassent preuve de suffisamment de souplesse pour permettre à l'enfant de s'habituer à sa nouvelle vie.
Les aptitudes et compétences de ces familles sont identifiées dès l'agrément :
Pendant la période de l'apparentement, l'enfant va osciller entre la sécurité acquise dans sa famille d'accueil et l'attirance pour sa famille adoptive.
Puis, une fois installé dans sa famille adoptive, l'enfant aura souvent besoin de mettre à distance son passé en famille d'accueil.
Respecter le temps psychique de l'enfant, c'est lui avoir permis de renoncer au retour imaginaire de sa mère de naissance ; qu'il ait pu, en un sens, faire le deuil et surtout ne plus rien attendre de ce passé. Alors seulement, l'enfant pourra s'inscrire auprès de ses parents adoptifs en acceptant sa nouvelle filiation.
Enfin, il faut avoir à l'esprit que l'enfant ne sera pas d'emblée dans la norme. Il ne va pas acquérir spontanément tous les réflexes sociaux d'un enfant de son âge. Il faut s'y préparer.
Contrairement aux craintes habituelles, l'acquisition de la langue ne pose pas de problème et se fait assez rapidement.
Néanmoins, les premières années de scolarisation en France demandent un investissement familial et un soutien de la part de l'école (qu'il faudra parvenir à instaurer). Les parents doivent s'organiser matériellement afin d'être très disponible pour l'enfant grand qui arrive, et s'il y déjà des frères et surs dans la famille, il faut aussi les préparer au besoin d'exclusivité qu'aura l'enfant.
Il est essentiel pour l'enfant qui vient d'être adopté de commencer par créer des liens d'attachement avec ses parents et de se stabiliser dans sa nouvelle vie familiale, ce qui lui permettra d'acquérir les bases nécessaires au bon déroulement de sa scolarité future.
Pas d'école "à tout prix" donc, dans les premiers mois. Attendre parfois six mois et commencer par une scolarisation progressive (le matin seulement au début) n'est pas une aberration.
S'assurer de la bonne volonté des enseignants. Être attentif aux progrès de l'enfant, plutôt qu'aux lacunes qu'il doit combler, afin de le mettre en confiance.
L'enfant qui arrive à 6 ans devrait avoir une chance de faire une année de grande section de maternelle, mais pour cela il faut obtenir une dérogation de l'inspection (en principe on inscrit l'enfant dans sa classe d'âge).
En effet, en CP et CE1, l'enfant va apprendre à lire, écrire et compter suivant un cheminement qui s'appuie sur le travail fait à l'école maternelle.
La notion de "retard" scolaire fait encore peur, mais il est nettement préférable d'avoir un ou deux ans de décalage et avoir acquis la confiance nécessaire pour continuer, que d'être en situation d'échec durant toute sa scolarité.
Rappelons qu'il est risqué d'aller vers un projet qui n'est pas le sien, et que tous les couples ne sont pas aptes à adopter un enfant grand. Cela passe, pour certains, par le deuil du nourrisson et l'élaboration d'un nouveau projet plus en phase avec la réalité. Pour cela il faut du temps et de la réflexion.