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Cet article est tiré du dossier paru dans les revues Accueil n° 142 et 143 (février et juin 2007) éditées par Enfance et Familles d'Adoption (on peut se les procurer sur le site www.adoptionefa.org); ainsi que des ouvrages "Le premier lien : la théorie de l'attachement" de Blaise Pierre HUMBERT, et "Au risque de l'adoption : une vie à construire ensemble" de Cécile DELANNOY.



L'ATTACHEMENT

1. La théorie de l'attachement

Pour John Bowlby, l'initiateur de cette théorie, l'attachement est un besoin primaire, au même titre que se nourir ou dormir. Pour s'attacher à un adulte, le bébé développe un ensemble de comportements déstinés à s'assurer de la présence et de la disponibilité de la "figure d'attachement" (la mère en général). C'est pour l'enfant un moyen de développer la sécurité nécessaire à sa future autonomie.

A partir de cette théorie, 4 schémas d'attachement ont été identifiés :

• L'attachement sécure :
L'enfant a confiance, il sait que son parent est disponible et va lui répondre quand il en aura besoin.
• L'attachement insécure :
L'enfant n'est pas certain que son parent sera disponible et lui répondra s'il fait appel à lui. L'enfant est sujet à des angoisses de séparation, il s'accroche à sa mère et se montre angoissé pour explorer le monde.
• L'attachement évitant :
L'enfant n'a aucune confiance dans les réponses que sa mère lui fera; il s'attend à être repoussé lorsqu'il cherche auprès d'elle réconfort et protection. L'enfant tente alors de vivre sa vie sans soutien de la part des autres.
• L'attachement désorganisé :
L'enfant semble perdu, produisant un comportement désorganisé. Il est alors susceptible de développer une personnalité très difficile à gérer.


Répartition des schémas
Type dans la pop générale chez les adoptés*
sécure 58 à 66 % 46.2 %
insécure 21 à 29 % 24.8 %
évitant 11 à 18 % 24 %
désorganisé 1 à 2 % 5 %

* selon une étude menée par Aubeline VINAY (psychologue - Université de Bourgogne) sur 121 adolescents adoptés.


La théorie de Bowlby, de plus en plus utilisée pour comprendre la construction de la relation parent-enfant, est particulièrement pertinente dans l'adoption.
En effet, elle permet de différencier deux types de situations : les adoptions dites précoces (celles où l'enfant est adopté avant 7 mois) et celles dites tardives (adoption après 7 mois).
Elles sont précoces ou tardives en fonction de l'âge auquel tout enfant à commencé à construire une ou des figures d'attachement unique et irremplaçable, quelle qu'en soit la qualité (= ceux qui l'élèvent dans la première année de sa vie).
Si l'enfant n'a pas encore eu le temps de constituer une figure d'attachement, c'est avec les parents adoptifs qu'il le fera, comme un enfant biologique.
Dans l'autre cas, l'amour que les parents adoptifs veulent donner peut s'adresser en fait à un enfant qui, lui, vient de perdre sa figure d'attachement, est confronté à l'inconnu, en situation d'alarme et de deuil précoce (pour cet enfant, il ne vient pas de trouver de nouveaux parents mais de perdre ses figures d'attachement)

2. Adaptation et attachement

Très souvent il y a confusion entre adaptation et attachement.
L'enfant arrive, s'adapte vite, va à la crèche ou à l'école sans protester (il y retrouve parfois une ambiance proche de celle de l'orphelinat). On croit que l'attachement est fait.
Il faut se rappeler que la survie de nos enfants dans des conditions difficiles tient justement à leur faculté d'adaptation. Or, l'enfant qui arrive n'est pas en attente d'une famille, souvent il ne sait pas ce que c'est. Ne sachant pas lui-même ce dont il a besoin, il reçoit des satisfactions et, petit à petit, lentement, il va s'attacher à ses nouvelles figures parentales s'il se sent en sécurité.

3. Les figures d'attachement

C'est dans les échanges réciproques entre le bébé et celui qui lui prodigue des soins maternants que va naître la relation d'attachement, aussi bien pour le bébé que pour le parent ou son substitut.
Plus que d'amour, l'enfant adopté a besoin de sécurité dans les premiers temps. Il a besoin d'avoir à ses côtés des adultes fermes dans leur rôle, qui ne doutent pas de leur légitimité de parent (alors que souvent les réflexions de l'entourage tournent autour de ses origines, de ses "vrais parents", de sa différence…).

Ainsi l'enfant adopté aura plusieurs figures d'attachement qui co-existent ou se succèdent. L'une n'efface pas l'autre, cette idée est importante dans l'adoption.
L'enfant adopté tardivement peut garder les souvenirs de ceux qui l'ont élevé avant son adoption. Ces figures font partie de son histoire. L'attachement de qualité qui se construit avec des parents adoptifs n'efface pas les constructions antérieures mais donne de nouvelles ressources à l'enfant.
Les parents adoptifs sont d'ailleurs confrontés à un autre défi, celui d'accompagner leur enfant dans le deuil des ses attachements antérieurs. Et faire le deuil d'une mère biologique que l'on n'a pas connue est parfois plus difficile à faire que celui d'une mère aimante décedée.

4. L'attachement dans la construction de soi

Tout parent devrait avoir à cœur de créer un lien suffisamment solide pour sécuriser son enfant et lui apporter la protection dont il a besoin, mais aussi suffisamment souple pour l'autoriser à prendre progressivement son autonomie et à devenir indépendant.
En effet, pendant les premières années de sa vie, l'enfant vit deux mouvements contraires:
- l'attachement, l'installation d'une dépendance affective;
- et progressivement une séparation, une autonomisation indispensable à la formation de sa personnalité et à la construction de son identité.
Si les conditions d'attachement ne sont pas faites dans la relation précoce, le processus d'autonomisation ne peut avoir lieu de façon satisfaisante. On ne peut se séparer que si l'on est attaché (c'est ce que l'on constate parfois chez de jeunes enfants qui ne peuvent se détacher de leur mère au moment d'une séparation, tant leur attachement est précaire et peu sécure).

De nombreuses familles adoptives ont constaté que leurs enfants s'attachent d'autant mieux qu'ils ont reçu auparavant un maternage attentif et aimant. il n'est certes pas confortable d'entendre notre enfant réclamer sa mère décédée ou sa nourrice aimante, mais c'est le signe que l'attachement ultérieur de l'enfant n'en sera que facilité.

5. Les fameux "troubles de l'attachement"

Trop parler de "troubles de l'attachement" aux parents adoptifs (afin de les sensibiliser) peut aussi les rendre inutilement anxieux, avec le risque de transmettre cette angoisse à leur enfant.
Un premier malentendu vient du fait que les parents adoptent avec un tel désir de donner et recevoir de l'affection qu'ils peuvent le faire de façon démesurée; alors que l'enfant est peut-être encore écartelé entre ses attachements antérieurs et ses nouveaux parents, ou simplement en période d'observation prudente, voire méfiante si les parents sont trop en demande ("viens me faire un câlin", "pourquoi ne veux-tu pas me faire un bisou ?").
On risque alors d'entrer dans un cercle vicieux où l'enfant se perçoit comme décevant : " je suis décevant, je dois être mauvais, c'est sans doute pour ça que ma mère m'a abandonné, je ne vaux rien, à quoi bon faire des efforts…"
Il peut aussi tout simplement résister à cette demande qui l'étouffe. L'amour ne se donne pas sur commande, il faut le laisser naître et s'exprimer à son rythme.

La dérive serait donc de retourner l'accusation contre l'enfant. Quand la relation va mal, il est plus facile de penser que le passé de l'enfant y est pour quelque chose, plutôt que de s'interroger sur notre propre positionnement dans la relation. Or dans la réalité très peu d'enfants sont VRAIMENT dans l'incapacité ou le refus de s'attacher. Plus nombreux, sont ceux qui sont capables de s'attacher mais s'y refusent par peur de souffrir (craignant inconsciemment un nouvel abandon, une nouvelle rupture).
Lorsque l'on est confronté à cette difficulté, le meilleur moyen est d'en parler avec des interlocuteurs avertis (associations de parents adoptifs comme EFA, les COCA…)

6. A l'adolescence

Après tout ce que l'on vient de voir, la situation de l'adolescence paraît paradoxale.
Face à toutes les nouveautés auxquelles il est confronté, le système d'attachement de nos ados est naturellement activé et l'instinct devrait devrait les amener à se rapprocher de leur base sécure; or certains d'entre eux (et généralement ceux qui en ont le plus besoin car ils sont insécures) luttent contre cette solution qu'ils assimilent à une entrave à leur autonomie. Le comportement de ces ados vis-à-vis de leurs figures d'attachement est alors conflictuel, confus et contradictoire.
On l'a vu, c'est la possibilité de recourir librement à une "base sécure", représentée en général par les parents, qui assure le sentiment de sécurité et permet le mouvement d'autonomisation caractéristique de cette période.
Que se passe-t'il en cas d'insécurité ?
L'insécurité des relations s'accompagne d'une mauvaise image de soi, d'une incertitude quant à la capacité d'être aimé, d'un sentiment de peur et/ou de colère vis-à-vis des parents.


D.G.


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